Des couleurs sur une tablette, un dessin animé pour calmer un tout petit. Rien de bien grave, entend-on parfois. Mais si on se trompait ?
Une étude publiée début juin dans le World Journal of Pediatrics apporte une réponse simple et sans détour.
Suivis depuis la naissance, 502 enfants ont été évalués à 9 ans avec un test administré en face-à-face par des psychologues formés, en lecture, orthographe et calcul — et leur mémoire de travail mesurée à 10,5 ans par des outils cliniques normés, pas des questionnaires parentaux.
Le temps d’écran a été mesuré six fois entre 1 et 8 ans — avant les évaluations scolaires ce qui change tout. On sait donc que c’est l’exposition aux écrans qui précède les difficultés, et non l’inverse.
Le constat est sans ambiguïté : plus le temps d’écran est élevé dans l’enfance, moins bons sont les résultats scolaires à 9 ans.
Il existe des fenêtres d’exposition particulièrement à risque — et la première année de vie est la plus sensible de toutes. Chaque heure quotidienne supplémentaire devant un écran à 1 an est associée à environ 1,5 point de moins sur les résultats scolaires à 9 ans. C’est la taille d’effet la plus élevée de toutes les tranches d’âge testées. Des associations significatives sont retrouvées aussi à 18 mois et à 6 ans.
Pas d’effet Boucle d’or ici — c’est-à-dire pas de durée « juste comme il faut » qui serait moins nocive que trop peu ou trop. Dès la première heure d’exposition, plus le temps d’écran augmente, plus les résultats baissent.
Pourquoi ce moment-là ? Le cerveau présente une plasticité maximale à cet âge, et l’acquisition du vocabulaire est très rapide. Or le temps d’écran réduit les interactions sociales et verbales : l’enfant perd des occasions de se faire lire des histoires, de jouer, d’interagir.
Ce n’est pas un signal isolé. Une étude canadienne publiée en octobre 2025 dans JAMA Network Open, suivant plus de 3 300 enfants sur quinze ans en Ontario, arrive au même constat : chaque heure quotidienne supplémentaire d’écran est associée à une baisse de 10 % de la probabilité d’atteindre un niveau académique supérieur en lecture et en mathématiques.
La convergence des données est aujourd’hui difficile à ignorer.
Jonathan Bernard, co-auteur de l’étude et chercheur à l’Inserm, interviewé dans le Monde à propose de cette étude rappelle la recommandation : aucun écran avant 3 ans.
Sources
— Yang S, Padmapriya N, Saw S-M, et al. Screen viewing time from age 1 to 8 years and subsequent academic performance and working memory. World Journal of Pediatrics. 2026. DOI : 10.1007/s12519-026-01046-1
— Li X, Keown-Stoneman CD, Omand JA, et al. Screen Time and Standardized Academic Achievement Tests in Elementary School. JAMA Network Open. 2025;8(10):e2537092. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2025.37092
— Bernard J, cité dans Le Monde, 4 juin 2026. Lire l’article
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