Les fiches Bibliographie de CoSE

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Les enfants et les écrans :
les dernières données de la recherche

Résumés accessibles de travaux scientifiques récents, avec leurs références complètes
Ces résumés présentent des travaux scientifiques récents sur les enfants et les écrans. Ils apportent des éléments de réflexion — pas des certitudes. La recherche ne « dit » pas : elle observe, mesure et questionne. Chaque étude a ses limites — des échantillons qui ne représentent pas toujours l’ensemble de la population, des associations qui ne prouvent pas de lien de cause à effet, des mesures imparfaites. C’est pourquoi chaque résumé présente aussi bien les résultats que les limites des travaux cités. La prudence dans l’interprétation n’est pas un aveu de faiblesse scientifique — c’est une exigence de rigueur.
Comment ce travail a été réalisé

Les études présentées ici ont été identifiées par des recherches sur PubMed, le moteur de référence en littérature médicale et scientifique. Les références sont conservées dans une base bibliographique Zotero, disponible sur demande. Pour chaque étude retenue, l’article original complet a été récupéré et lu — pas seulement le résumé. Un travail de synthèse a ensuite été réalisé sous forme de fiches de lecture structurées, à partir desquelles ces résumés ont été rédigés.

Une partie du travail de rédaction et de mise en forme a été assistée par intelligence artificielle. Le contenu scientifique, le choix des études, la vérification des données et la validation des nuances restent sous la responsabilité de l’équipe du collectif.

Cette sélection a été constituée en avril 2026 et couvre 7 études publiées entre 2023 et 2026. Elle sera enrichie au fil des nouvelles publications. Pour signaler une étude pertinente, contactez-nous.
1

Plus d’écrans à 5 ans, de moins bons résultats scolaires à 9 et 12 ans

Âge : 5–12 ans Scolarité Canada

Une équipe canadienne a suivi plus de 3 300 enfants depuis la petite enfance jusqu’à la fin du primaire. Les parents ont déclaré combien d’heures par jour leurs enfants passaient devant les écrans — télévision, appareils numériques, jeux vidéo — à l’âge moyen de 5 ans et demi. Plusieurs années plus tard, ces mêmes enfants ont passé des évaluations standardisées officielles de lecture, écriture et mathématiques (les tests EQAO de la province d’Ontario).

Résultat : chaque heure supplémentaire d’écran quotidien à 5 ans est associée à environ 10 % de chances en moins d’obtenir un bon niveau en lecture et en mathématiques quelques années plus tard. L’association est retrouvée aussi bien pour la télévision que pour les appareils numériques.

Les jeux vidéo, pris séparément, sont également associés à des scores de lecture plus faibles — et cette association est particulièrement marquée chez les filles : jouer aux jeux vidéo à 5–6 ans est lié à des notes inférieures en lecture et en mathématiques en CE2 chez elles, mais pas chez les garçons.

L’étude s’étend sur 15 ans (2008–2023) et couvre plusieurs générations de technologies. Le fait que l’association reste stable malgré l’évolution des appareils renforce sa robustesse.

Il s’agit d’une étude observationnelle : elle établit une association, pas une relation de cause à effet certaine. Le temps d’écran est déclaré par les parents. L’échantillon est majoritairement urbain et de niveau socio-économique élevé, ce qui limite la généralisation.
Li X, Keown-Stoneman CD, Omand JA, Cost KT, Gallagher-Mackay K, Hove J, Janus M, Korczak DJ, Pullenayegum EM, Tsujimoto KC, Vanderloo LM, Maguire JL, Birken CS; for the TARGet Kids! Collaboration. Screen Time and Standardized Academic Achievement Tests in Elementary School. JAMA Network Open. 2025;8(10):e2537092. DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2025.37092
2

Les écrans chez le nourrisson modifient le développement du cerveau et prédisent l’anxiété à 13 ans

Âge : 1–2 ans → 13 ans Anxiété · Cerveau Singapour

Une étude singapourienne a suivi 168 enfants de la naissance jusqu’à l’adolescence, en réalisant des IRM cérébrales à plusieurs reprises (à 4 ans et demi, 6 ans, et 7 ans et demi) et en évaluant l’anxiété à 13 ans. Le temps d’écran à 1–2 ans avait été renseigné par les parents.

Résultat principal : plus un bébé de 1–2 ans est exposé aux écrans, plus certaines connexions cérébrales se développent différemment — et cette trajectoire cérébrale modifiée prédit ensuite une façon de prendre des décisions plus lente à 8 ans, puis un niveau d’anxiété plus élevé à 13 ans.

La chaîne d’effets identifiée est précise : exposition aux écrans (1–2 ans) → maturation accélérée d’un réseau visuel-cognitif (4,5–7,5 ans) → ralentissement du temps de réflexion dans des situations de choix (8,5 ans) → anxiété plus élevée (13 ans).

Point frappant : le même temps d’écran à 3–4 ans n’est associé à aucune de ces trajectoires cérébrales — ce qui suggère une fenêtre critique très précoce, autour de 1–2 ans.

L’effectif est limité (168 enfants), ce qui impose de considérer ces résultats comme exploratoires. Le temps d’écran est déclaré par les parents. L’échantillon est singapourien. La relation pourrait aussi s’exercer dans l’autre sens : des bébés avec certaines caractéristiques neurologiques pourraient naturellement passer plus de temps devant les écrans.
Huang P, Chan SY, Zhou KX, Chuah J, Manahan AMAA, Law ECN, Shorey S, Zhou HJ, Fortier MV, Chong YS, Meaney MJ, Tan AP. Neurobehavioural links from infant screen time to anxiety. eBioMedicine. 2026;123:106093. DOI: 10.1016/j.ebiom.2025.106093
3

YouTube et tout-petits : une majorité de contenus à fort impact sensoriel, peu éducatifs

Âge : 24–26 mois Qualité des contenus États-Unis

Dans le Midwest américain, 361 familles avec un enfant de 2 ans ont participé à cette étude. Les chercheurs ont collecté les liens des 10 dernières vidéos visionnées et les ont analysées selon six critères précis — niveau de stimulation sensorielle, modélisation positive ou négative, contenu de marque, plaisir par procuration, valeur éducative réelle.

Résultat : 71 % des enfants de 2 ans regardent YouTube ou YouTube Kids. Parmi les vidéos analysées, seulement 17 % présentent un contenu éducatif approfondi et 15 % montrent des comportements positifs à imiter — contre 39 % contenant des effets visuels et sonores à forte stimulation sensorielle.

Ce qui prédit l’usage de YouTube, ce sont les caractéristiques familiales — pas les capacités cognitives de l’enfant. Le revenu familial plus élevé est associé à des contenus de meilleure qualité. Les vidéos récentes sont de moins bonne qualité que les anciennes : la concurrence entre créateurs tire la qualité vers le bas.

Design transversal. L’échantillon est majoritairement blanc et de niveau socio-économique élevé, ce qui sous-estime probablement les taux d’usage réel. Les familles non anglophones ont été exclues.
Woods M, McClure M, Schaller A, Weeks HM, Suh B, Chaudhry S, Tibbitts A, Kirkorian H, Barr R, Coyne SM, Radesky J. YouTube Viewing and Content Quality in Toddlers. Infancy. 2026;31:e70082. DOI: 10.1111/infa.70082
4

Écrans et irritabilité : une relation à double sens, mais pas la même selon l’activité

Âge : 9–11 ans Irritabilité · Émotions États-Unis

Près de 9 000 enfants américains ont été suivis sur deux ans dans le cadre de la grande étude ABCD, avec des mesures de six types d’activités sur écran et de l’irritabilité. C’est la première étude à utiliser une méthode statistique permettant d’estimer la direction des associations.

Résultats différenciés : la télévision et les réseaux sociaux prédisent une augmentation de l’irritabilité. En revanche, le chat en ligne prédit une diminution de l’irritabilité — mais les enfants irritables ont ensuite tendance à davantage utiliser le chat, comme un outil de régulation émotionnelle.

Le chat en ligne (messages texte, visioconférence) est une activité de lien social direct, sans algorithme de recommandation. Elle conserve le potentiel de renforcement des liens sans les mécanismes d’augmentation du temps de connexion propres aux réseaux sociaux.

Les tailles d’effet restent modestes. Le temps d’écran est auto-déclaré par les enfants. Les résultats restent corrélationnels, sans inférence causale directe.
Zhang L, Bellaert N, Zhuo H, Liew Z, Tseng W-L. Bidirectional Associations Between Screen Time and Irritability in Preadolescence: A Temporal Network Analysis. Journal of Child and Adolescent Psychopharmacology. 2026. DOI: 10.1177/10445463251415497
5

Usage du smartphone en hausse, qualité de vie en baisse — et le retour à la normale n’a pas eu lieu

Âge : 10–17 ans Smartphone · Bien-être Allemagne

La cohorte LIFE Child de Leipzig (Allemagne) a suivi plus de 1 100 enfants et adolescents de 10 à 17 ans entre 2018 et 2024 — une fenêtre temporelle unique qui englobe la période pré-pandémique, la pandémie et l’après-pandémie.

Résultat central : l’usage intensif et la qualité de vie dégradée ont augmenté depuis 2018 et ne sont pas revenus à leur niveau initial après la pandémie. En 2024, 73 % des adolescents déclarent passer plus de 3 heures par jour sur leur smartphone le week-end, contre 37 % en 2018.

L’association entre usage intensif du smartphone (plus de 3h/jour) et qualité de vie réduite est significative, et elle est deux fois plus forte chez les filles que chez les garçons. Une exception notable : les enfants de 11 ans présentent en 2023–2024 une légère amélioration — seul groupe d’âge à montrer ce profil de réversibilité.

Design transversal répété — les liens de cause à effet ne peuvent pas être établis. Les données d’usage sont auto-rapportées. Les familles à faible niveau d’éducation sont sous-représentées.
Poulain T, Meigen C, Kiess W, Vogel M. Smartphone use, wellbeing, and their association in children. Pediatric Research. 2025. DOI: 10.1038/s41390-025-04108-8
6

Plus d’écrans, moins de performances cognitives — et une région du cerveau impliquée

Âge : 9–10 ans Cognition · IRM cérébrale États-Unis

À partir des données de près de 10 000 enfants de 9–10 ans issus de l’étude ABCD, des chercheurs ont croisé le temps d’écran avec cinq grandes fonctions cognitives et avec le volume d’une région cérébrale précise : le putamen, partie du striatum, qui joue un rôle clé dans la formation des habitudes et les circuits dopaminergiques.

Résultat : plus le temps d’écran est élevé, plus les performances cognitives sont faibles dans les cinq domaines testés. De plus, un putamen de plus petit volume semble expliquer partiellement la relation entre temps d’écran et difficultés cognitives dans trois domaines : la fonction exécutive, la vitesse de traitement et le langage.

Ce résultat introduit un substrat neurobiologique mesurable dans un domaine dominé jusqu’ici par des associations comportementales. La médiation par le putamen ne s’observe pas pour la mémoire de travail ni la mémoire épisodique — cette sélectivité reste à expliquer.

Étude transversale : on ne peut pas exclure que des enfants avec des capacités cognitives plus faibles passent davantage de temps sur les écrans. Le temps d’écran est auto-rapporté.
Shou Q, Yamashita M, Mizuno Y. The association between screen time and cognitive function in children: The partially mediating role of putamen volume. Acta Psychologica. 2026;265:106742. DOI: 10.1016/j.actpsy.2026.106742

Note de synthèse : le putamen, zone cible de l’exposition aux écrans chez l’enfant

Synthèse neurobiologique 9–11 ans

Deux études indépendantes — Chen, Yim & Lee (2023) et Shou, Yamashita & Mizuno (2026) — aboutissent au même résultat depuis des angles différents : le putamen, une région profonde du cerveau impliquée dans les habitudes et les circuits de récompense, est systématiquement ciblé par l’exposition aux écrans chez des enfants de 9–11 ans.

Chen et al. documentent une réduction de la connexion fonctionnelle entre le putamen et le réseau de contrôle cognitif, corrélée à l’exposition aux écrans sur deux ans. Shou et al. identifient une réduction du volume du putamen comme médiateur partiel entre temps d’écran et difficultés cognitives. Les deux approches — connexions cérébrales fonctionnelles d’un côté, volume structurel de l’autre — convergent vers la même région.

En neurosciences, quand deux façons différentes de mesurer le cerveau pointent vers la même zone, la robustesse du signal s’en trouve renforcée. Le putamen est particulièrement impliqué dans la transformation des comportements répétés en habitudes automatiques — un mécanisme connu dans les addictions comportementales.

Les tailles d’effet restent modestes dans les deux études. La causalité inverse n’est pas exclue. Des résultats contradictoires existent dans la littérature sur la direction exacte des effets fronto-striataux.
Chen YY, Yim H, Lee TH. Negative impact of daily screen use on inhibitory control network in preadolescence. Dev Cogn Neurosci. 2023;60:101218.

Shou Q, Yamashita M, Mizuno Y. The association between screen time and cognitive function in children: The partially mediating role of putamen volume. Acta Psychologica. 2026;265:106742. DOI: 10.1016/j.actpsy.2026.106742
7

Au-delà de 2 heures par jour, anxiété et dépression augmentent significativement

Âge : 8–17 ans Anxiété · Dépression Suède

En Suède, 4 002 enfants et adolescents de 8 à 17 ans, sélectionnés de façon représentative dans le registre national de population, ont répondu à une enquête nationale. Leur temps d’écran hors école et leurs symptômes d’anxiété et de dépression ont été mesurés avec des outils validés, en tenant compte de l’activité physique, du sommeil et du statut socio-économique.

Résultat principal : les scores d’anxiété et de dépression doublent presque lorsque le temps d’écran passe de 2 heures à plus de 7 heures par jour. L’association devient significative à partir du seuil de 2 heures — et elle reste significative même après avoir pris en compte le sommeil, l’activité physique et le statut socio-économique.

La courbe est croissante à partir de 2h, sans plateau. Autrement dit, même les très faibles utilisateurs ne présentent pas de difficultés supplémentaires — il n’y a pas de niveau optimal « ni trop ni trop peu ». Les filles et les enfants dormant ou bougeant peu sont plus vulnérables.

Étude transversale : la causalité inverse est possible (les enfants anxieux peuvent se réfugier davantage dans les écrans). Le temps d’écran est mesuré globalement, sans distinguer les types d’activités.
Carlander A, Cassel S, J-son Höök M, Lundgren O, Lindqvist Bagge A-S, Löf M. Survey Showed That Limiting Daily Screen Time Could Help to Avoid Mental Health Issues in Children Aged 8–17 Years. Acta Paediatrica. 2026. DOI: 10.1111/apa.70524

Ce que l’ensemble de ces travaux nous invite à considérer

Ces études, menées dans six pays différents sur des milliers d’enfants, dessinent une image cohérente. L’exposition importante aux écrans — en particulier dès la petite enfance et à l’adolescence — est associée à des difficultés cognitives, scolaires et émotionnelles. Les effets ne disparaissent pas quand on tient compte des autres facteurs de risque (sommeil, activité physique, situation familiale).

Deux nuances importantes traversent l’ensemble du corpus : tout ne se vaut pas (le chat avec des proches n’a pas les mêmes effets que les réseaux sociaux ou la télévision), et les filles semblent plus vulnérables que les garçons à plusieurs des effets documentés.

Ces travaux établissent des associations, pas des preuves de causalité directe. Mais leur cohérence entre des pays, des méthodes et des tranches d’âge très différents constitue un signal qui mérite attention, en particulier pour les plus jeunes.