surexpositionecrans.fr — Veille scientifique
Les enfants et les écrans :
les dernières données de la recherche
Résumés accessibles de travaux scientifiques récents, avec leurs références complètes
Comment ce travail a été réalisé
Les études présentées ici ont été identifiées par des recherches sur PubMed, le moteur de référence en littérature médicale et scientifique. Les références sont conservées dans une base bibliographique Zotero, disponible sur demande. Pour chaque étude retenue, l’article original complet a été récupéré et lu — pas seulement le résumé. Un travail de synthèse a ensuite été réalisé sous forme de fiches de lecture structurées, à partir desquelles ces résumés ont été rédigés.
Une partie du travail de rédaction et de mise en forme a été assistée par intelligence artificielle. Le contenu scientifique, le choix des études, la vérification des données et la validation des nuances restent sous la responsabilité de l’équipe du collectif.
Au sommaire
- Écrans et résultats scolaires — Canada (Li et al., 2025)
- Écrans chez le nourrisson et anxiété à l’adolescence — Singapour (Huang et al., 2026)
- YouTube et qualité des contenus pour les tout-petits — États-Unis (Woods et al., 2026)
- Écrans et irritabilité — une relation dans les deux sens (Zhang et al., 2026)
- Smartphone et bien-être des enfants de 10 à 17 ans — Allemagne (Poulain et al., 2025)
- Le cerveau des enfants gros utilisateurs d’écrans — États-Unis (Shou et al., 2026)
- Note de synthèse : le putamen, zone cible de l’exposition aux écrans
- Au-delà de 2h par jour, anxiété et dépression augmentent — Suède (Carlander et al., 2026)
Une équipe canadienne a suivi plus de 3 300 enfants depuis la petite enfance jusqu’à la fin du primaire. Les parents ont déclaré combien d’heures par jour leurs enfants passaient devant les écrans — télévision, appareils numériques, jeux vidéo — à l’âge moyen de 5 ans et demi. Plusieurs années plus tard, ces mêmes enfants ont passé des évaluations standardisées officielles de lecture, écriture et mathématiques (les tests EQAO de la province d’Ontario).
Les jeux vidéo, pris séparément, sont également associés à des scores de lecture plus faibles — et cette association est particulièrement marquée chez les filles : jouer aux jeux vidéo à 5–6 ans est lié à des notes inférieures en lecture et en mathématiques en CE2 chez elles, mais pas chez les garçons. Ce résultat est contre-intuitif, puisque les garçons jouent pourtant davantage aux jeux vidéo à cet âge.
L’étude s’étend sur 15 ans (2008–2023) et couvre donc plusieurs générations de technologies. Le fait que l’association reste stable malgré l’évolution des appareils — des premières consoles aux smartphones — renforce sa robustesse.
L’effet semble toucher spécifiquement la lecture et les mathématiques, mais pas l’écriture. Les chercheurs avancent une explication : le temps d’écran empiète sur la lecture partagée parent-enfant et sur l’exposition précoce au langage écrit, qui sont des fondations essentielles des apprentissages formels.
Une étude singapourienne exceptionnelle a suivi 168 enfants de la naissance jusqu’à l’adolescence, en réalisant des IRM cérébrales à plusieurs reprises (à 4 ans et demi, 6 ans, et 7 ans et demi) et en évaluant l’anxiété à 13 ans. Le temps d’écran à 1–2 ans avait été renseigné par les parents.
La chaîne d’effets identifiée est précise : exposition aux écrans (1–2 ans) → maturation accélérée d’un réseau visuel-cognitif (4,5–7,5 ans) → ralentissement du temps de réflexion dans des situations de choix (8,5 ans) → anxiété plus élevée (13 ans). Ce n’est pas la qualité des décisions qui est affectée, mais leur vitesse — ce qui suggère une altération du traitement sensoriel, en amont du raisonnement.
Point frappant : le même temps d’écran à 3–4 ans n’est associé à aucune de ces trajectoires cérébrales. Cela suggère l’existence d’une fenêtre critique très précoce, autour de 1–2 ans, pendant laquelle le cerveau serait particulièrement sensible à la surexposition sensorielle.
Dans le Midwest américain, 361 familles avec un enfant de 2 ans ont participé à cette étude. Les chercheurs n’ont pas seulement demandé aux parents ce que leurs enfants regardaient : ils ont collecté les liens des 10 dernières vidéos visionnées et les ont analysées selon six critères précis — niveau de stimulation sensorielle, présence d’une modélisation positive ou négative, contenu de marque, plaisir par procuration, valeur éducative réelle.
Qui regarde YouTube ? Les enfants issus de familles monoparentales et ceux dont un parent est au foyer ou sans emploi sont plus fréquemment utilisateurs. Le revenu familial plus élevé est associé à des contenus de meilleure qualité. Le niveau de fonctionnement cognitif de l’enfant (capacité à se contrôler, à se concentrer) ne prédit ni l’usage de YouTube, ni la qualité des vidéos visionnées — c’est bien le contexte familial qui détermine l’exposition à cet âge.
Les chercheurs documentent aussi une tendance préoccupante : les vidéos récentes sont de moins bonne qualité que les anciennes. La concurrence entre créateurs de contenu tire la qualité vers le bas avec le temps.
Cette étude est la première à utiliser une méthode statistique permettant d’estimer la direction des associations entre types d’écrans et irritabilité chez les préadolescents. Près de 9 000 enfants américains ont été suivis sur deux ans dans le cadre de la grande étude ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development), avec des mesures de six types d’activités sur écran et de l’irritabilité.
La distinction entre types d’activités est ici capitale. Le chat en ligne (messages texte, visioconférence) est une activité de lien social direct, sans algorithme de recommandation. Elle conserve le potentiel de renforcement des liens sans les mécanismes d’augmentation du temps de connexion propres aux réseaux sociaux. C’est précisément ce qui la distingue de la télévision et des réseaux sociaux, dont l’effet prédictif sur l’irritabilité est unilatéral.
Des analyses complémentaires révèlent que l’effet des vidéos et des jeux vidéo sur l’irritabilité est plus fort chez les filles que chez les garçons, tandis que le chat en ligne a un effet plus marqué chez les garçons.
La cohorte LIFE Child de Leipzig (Allemagne) a suivi plus de 1 100 enfants et adolescents de 10 à 17 ans entre 2018 et 2024 — une fenêtre temporelle unique qui englobe la période pré-pandémique, la pandémie et l’après-pandémie. Les chercheurs ont mesuré à la fois la durée d’usage du smartphone et l’usage problématique (PSU : dépendance, perte de contrôle), ainsi que la qualité de vie des participants.
L’association entre usage intensif du smartphone (plus de 3h/jour) et qualité de vie réduite est significative, et elle est deux fois plus forte chez les filles que chez les garçons. L’usage problématique a augmenté davantage chez les plus jeunes et chez les filles. Une exception notable : les enfants de 11 ans présentent en 2023–2024 une légère amélioration de l’usage problématique — seul groupe d’âge à montrer ce profil de réversibilité.
Cette étude est l’une des rares à couvrir l’Europe et à distinguer usage ordinaire (durée) et usage problématique (rapport à l’appareil), dont les modérateurs d’âge et de sexe ne se comportent pas de la même façon.
À partir des données de près de 10 000 enfants de 9–10 ans issus de l’étude ABCD, des chercheurs ont croisé le temps d’écran avec cinq grandes fonctions cognitives (mémoire, attention, langage, vitesse de traitement, fonctions exécutives) et avec le volume d’une région cérébrale bien précise : le putamen. Le putamen, partie du striatum, joue un rôle clé dans la formation des habitudes, la régulation de l’attention et les circuits dopaminergiques.
Ce résultat est important parce qu’il introduit un substrat neurobiologique mesurable — une région du cerveau — dans un domaine dominé jusqu’ici par des associations comportementales. La médiation par le putamen ne s’observe pas pour la mémoire de travail ni la mémoire épisodique, bien que ces deux domaines soient également associés au temps d’écran. Cette sélectivité reste à expliquer.
Deux études indépendantes — Chen, Yim & Lee (2023) et Shou, Yamashita & Mizuno (2026) — ont été analysées conjointement car elles aboutissent au même résultat depuis des angles différents : le putamen, une région profonde du cerveau impliquée dans les habitudes et les circuits de récompense, est systématiquement ciblé par l’exposition aux écrans chez des enfants de 9–11 ans.
Cette convergence est scientifiquement notable parce que les deux méthodes sont indépendantes. En neurosciences, quand deux façons différentes de mesurer le cerveau pointent vers la même zone, la robustesse du signal s’en trouve renforcée.
Le putamen est particulièrement impliqué dans la transformation des comportements répétés en habitudes automatiques — un mécanisme connu dans les addictions comportementales. Certains chercheurs font le parallèle avec le glissement progressif des circuits de récompense vers des comportements de plus en plus automatiques et difficiles à contrôler.
Shou Q, Yamashita M, Mizuno Y. The association between screen time and cognitive function in children: The partially mediating role of putamen volume. Acta Psychologica. 2026;265:106742. DOI: 10.1016/j.actpsy.2026.106742
En Suède, 4 002 enfants et adolescents de 8 à 17 ans, sélectionnés de façon représentative dans le registre national de population, ont répondu à une enquête nationale. Leur temps d’écran hors école et leurs symptômes d’anxiété et de dépression ont été mesurés avec des outils validés. Les chercheurs ont également tenu compte de l’activité physique, du sommeil et du statut socio-économique.
Cette étude teste une hypothèse souvent discutée : existe-t-il un niveau « optimal » d’écrans — ni trop, ni trop peu ? La réponse ici est non : la courbe est monotone et croissante à partir de 2h, sans plateau ni baisse aux niveaux extrêmes. Autrement dit, même les très faibles utilisateurs ne présentent pas de difficultés supplémentaires.
Les filles présentent des niveaux d’anxiété et de dépression plus élevés que les garçons, avec une association plus forte entre usage intensif et santé mentale dégradée. Les enfants dormant peu ou bougeant peu sont également plus vulnérables.
Ce que l’ensemble de ces travaux nous dit
Ces études, menées dans six pays différents sur des milliers d’enfants, dessinent une image cohérente. L’exposition importante aux écrans — en particulier dès la petite enfance et à l’adolescence — est associée à des difficultés cognitives, scolaires et émotionnelles. Les effets ne disparaissent pas quand on tient compte des autres facteurs de risque (sommeil, activité physique, situation familiale).
Deux nuances importantes traversent l’ensemble du corpus : tout ne se vaut pas (le chat avec des proches n’a pas les mêmes effets que les réseaux sociaux ou la télévision), et les filles semblent plus vulnérables que les garçons à plusieurs des effets documentés.
Ces travaux sont des associations, pas des preuves de causalité directe. Mais leur cohérence entre des pays, des méthodes et des tranches d’âge très différents constitue un signal sérieux qui justifie la prudence, en particulier pour les plus jeunes.
Les propos tenus n’engagent pas l’association ACoSE, sauf mention explicite contraire.