UN ENVIRONNEMENT N’EST JAMAIS NEUTRE

Les environnements numériques sont conçus pour rendre le réel progressivement moins compétitif.

Il va falloir avancer un peu plus rapidement sur les questions essentielles des écrans car elles ne portent plus seulement sur les débats de temps d’écran, la question des réseaux sociaux et l’opposition de ce qui est bon ou mauvais.

Nous allons devoir penser plus loin que ce que les enfants voient sinon nous allons perdre un temps fou et précieux.

Ce qui m’inquiète en tant psychologue, et actrice de la société aussi, c’est : Dans quel environnement grandissent les enfants ?
Je trouve intéressant et rassurant que l’Europe commence, elle aussi, à déplacer son regard.

Quand elle s’intéresse au scroll infini, aux notifications, aux recommandations automatiques ou encore aux paramètres par défaut des plateformes, elle parle d’environnement et plus seulement des contenus. Ce qui change tout !

Un environnement n’est jamais neutre.
Imaginons un enfant qui grandit dans une famille où personne ne parle, ou bien
dans une famille où tout le monde rit, ou encore dans une famille où chaque erreur est sanctionnée. Nous savons d’emblée que ces environnements ne fabriqueront pas les mêmes adultes.

Pour le numérique, c’est exactement la même logique ! Cessons de considérer les plateformes comme de simples outils.
Elles sont devenues un environnement dans lequel les enfants grandissent.

Psychologiquement, nous savons depuis longtemps qu’un environnement ne fait pas qu’accueillir un individu mais qu’il façonne progressivement sa manière de penser, d’attendre, d’aimer, de supporter l’ennui, de résoudre un problème, d’entrer en contact avec les autres, etc.

C’est idem pour le numérique. Les plateformes
organisent notre attention, notre attente, nos récompenses et nos interactions. C’est ainsi qu’elles fabriquent une manière d’être au monde.

Je ne crois plus que le fugitisme soit simplement la conséquence d’un usage excessif. C’est le produit d’environnements numériques conçus pour rendre le réel progressivement moins compétitif ce qui change complètement le débat.

Pendant des années, on a demandé aux enfants de résister, puis on a demandé aux parents de contrôler.
Mais on s’est pas demandé dans quel environnement on leur demandait de grandir.

Il aura juste suffit de proposer un environnement un peu plus rapide, plus simple, plus stimulant et plus gratifiant que le réel. Jour après jour et des centaines de fois par jour.Et voilà comment, sans avoir besoin de disparaître, le réel a cessé simplement d’être le choix le plus évident.

C’est là, selon moi, que se trouve l’un des plus grands angles morts du débat actuel.

Les écrans sont devenus un milieu de développement tout comme la famille, l’école et les groupes d’amis. Sauf qu’à la différence de ces environnements, celui-ci est conçu, testé et amélioré chaque jour pour retenir notre attention le plus longtemps possible.